/ Le réseau de
la Jeune Création Européenne
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/ Edito.

Consacré aux artistes à découvrir, vivant ou ayant étudié en France, le Salon de Montrouge fait la preuve, année après année depuis 56 ans, que l’émergence des nouveaux talents demeure une nécessité absolue. Les trois « piliers » du Salon sont : une prospection large, une sélection démocratique et un accompagnement individuel. C’est donc fort logiquement qu’il a trouvé à se prolonger dans le JCE, qui place ces exigences à leur juste échelle, celle de l’Europe, laquelle constitue à la fois un creuset et un horizon naturel pour les artistes de demain.

Organisées par des commissaires nationaux, les sélections s’attachent à la fois à proposer une sélection rigoureuse et représentative des talents émergents, et un ensemble cohérent, où peut se lire, parfois en creux, une certaine « spécificité » nationale.

Pourtant, l’idée même qu’il existe, aujourd’hui encore, des arts « nationaux », voire des scènes locales, est régulièrement battue en brèche. Puisque la culture se diffuse aujourd’hui sans limite géographique, et qu’il existe de grands modèles à tendance hégémonique, les productions artistiques tendent en effet à une sorte d’uniformité qui, si elle rassure le regardeur pressé, frustre l’amateur véritable, attaché à la diversité et à la complexité des modes d’expression.

Je vois pour ma part au moins deux excellentes raisons de nous sentir une responsabilité particulière vis-à-vis des meilleurs de nos artistes, d’autant plus, comme le soulignait le grand critique Bernard Lamarche-Vadel, qu’ils sont « une espèce en voie d’extinction ». La première est toute simple, et concerne chacun des pays, notamment ceux qui co-organisent le JCE : ces artistes vivent et travaillent ici, parmi nous. Qui, mieux que nous, peut les connaître, les protéger, les admirer ? Il nous revient à tous ici de leur offrir les meilleures conditions d’existence, de création, de fréquenter leurs œuvres intimement, au quotidien, et de les stimuler par nos regards, nos commentaires, nos achats. La seconde est plus discutable, et proprement française, car elle relève d’une certaine conception universaliste du rôle de la France dans le domaine de la culture. C’est la France qui, dans le monde, mène souvent le combat de l’ « exception culturelle », lequel repose largement sur cette « politique des auteurs » que, notamment, Les Cahiers du Cinéma et la Cinémathèque Française ont inventée dans la seconde moitié des années 50. Cependant, ce combat est accessible à tous, et aujourd’hui cette « vision française » rallie de nombreux pays, par exemple dans les instances internationales, et pourrait bien devenir demain une vision réellement européenne.

Dans un univers artistique globalisé où la « production » tend à prendre une part prépondérante, il est naturel que les artistes issus de pays « producteurs », « industriels », c’est-à-dire hier les Etats-Unis, aujourd’hui l’Inde ou la Chine, occupent les premières places du marché. Mais il nous revient de rappeler qu’un artiste est avant tout un « auteur », un individu unique et singulier, dont l’œuvre est une émanation directe, souveraine. On voit bien l’enjeu culturel qu’une telle vision implique : d’un côté une dérive possible vers une répétition stérile de stéréotypes ou de logos (le « spectacle »), de l’autre la présence réelle de l’artiste sans son œuvre (une certaine « humanité »).

Commissaire artistique de la sélection française

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Stéphane Corréard




Stephane Correard