/ Le réseau de
la Jeune Création Européenne
Connexion
English
FRANCOIS BELLENGER: Colloque Décentration et Déplacement

L’artiste François Bellenger interviendra lors d’un colloque sur le thème « Décentration et déplacement » le vendredi 6 mai à Amiens. Toutes les informations sur ce colloque sont disponible ci dessous:


Décentration et déplacement

La création artistique avait traditionnellement inscrit le déplacement physique des individus comme un mode opératoire du développement de la carrière et des œuvres. Les artistes européens du 17ème siècle allaient faire leur voyage en Italie. Et aujourd’hui, on retrouve cette même transhumance généralisée ; les artistes partent en résidence à Tokyo, sont invités à la biennale de Sao Paulo, se font explorateurs dans le grand Nord… Le déplacement est de nos jours une condition de la reconnaissance internationale, le garant de la curiosité de l’artiste, le signe de son implantation dans la réalité du monde global. Notre époque se caractérise donc de fait par cette généralisation de la valorisation du déplacement, contre la radicalité de l’idéal moderniste, qui projetait une recherche artistique imperméable aux accidents de l’histoire et du contexte. Cette pensée s’est violemment heurtée à une génération d’artistes et de penseurs qui ont tordu le cou de ces prétentions universelles, en confrontant l’art à ses conditions d’existences et à ses violences implicites, sociales, raciales, sexuelles, géographiques.

Pourtant, le territoire comme le champ artistique est marqué par ces formes issues des idéaux modernistes, ces architectures au fonctionnalisme lyrique, ces sculptures gigantesques, ces blocs de béton ou d’acier salis par les graffiti ou rayés par les skateurs à New-York, usés par la mousson et la poussière à Chandigarh, effrités par les roquettes à Beyrouth, envahis par la végétation à Famagusta ou tout simplement marqués par la désuétude idéologique ou économique à Berlin, Zagreb, Tallinn, Charleroi… Délaissées par l’efficacité néo-pop triomphante des années 80 (à l’instar des discours « critiques » des avant-gardes), ces ruines modernes sont aujourd’hui particulièrement revisitées par les artistes, non sans paradoxe au vu de la pensée qui les a vue naître. Bien loin de leur imperméabilité idéale aux contingences du monde, ce sont les signes de leur abandon et de leur déclin qui intéressent, interrogent et encouragent le déplacement, la décentration. Comme si la recherche, l’observation, la représentation, l’enregistrement des formes paradigmatiques d’un certain échec de notre modernité nous permettait d’en apporter un éclairage nouveau, une certaine forme de compréhension.

Le déplacement, la décentration du regard artistique, le « retour du réel » pour reprendre les mots de Hal Foster[1], sont ici envisagés non comme vampirisation des drames périphériques par un monde de l’art en manque de sensations mais bien au contraire comme la tentative, peut-être désespérée, de réconcilier les idéalismes modernistes universalistes et les réalités géopolitiques souvent dramatiques qui témoignent de l’impasse moderne, par une sorte de mouvement inverse qui chercherait à extraire du paradigmatique dans des formes ô combien contingentes.

Il s’agira donc à l’occasion de cette journée d’étude, de porter un regard attentif à diverses expériences artistiques déterminées par le déplacement physique, le territoire et l’histoire mais également inscrites, d’une manière ou d’une autre, dans un héritage moderniste qu’elles concourent à interroger et peut-être à digérer.

Eric Valette

Décentration et déplacement

Journée retour des journées d’études communes « Formes du déplacement dans la création artistique contemporaine » organisées par le centre de recherche Arts : pratiques et poétiques de l’Université Rennes 2 et le Centre de Recherches en Arts de l’UPJV.

Deuxième journée en partenariat avec le Musée de Picardie

Vendredi 6 mai 2011, Amphithéâtre Jean Cavailles, 3, place Louis Dewailly, Amiens

Matin : 10h-12h30

10h00 • Eric Valette, Maître de conférences en Arts plastiques, UPJV. Introduction

10h15 • Mathilde Roman, professeur d’histoire de l’art au Pavillon Bosio, école d’art et de scénographie de Monaco : Déplacements à l’œuvre chez Walid Raad

Walid Raad est un artiste libanais qui vit et travaille à Beyrouth et New York. Son œuvre est toute entière traversée par la question du déplacement, opérant sans cesse des aller-retour entre fiction et réalité, entre récit subjectif et écriture de l’Histoire, entre passé et futur… Nous y reviendrons à travers l’analyse de sa dernière pièce, Scratching on things I could disavow : A history of art in the Arab World (2010), qui met cette fois en jeu un nouveau degré de déplacement entre l’espace de l’exposition et la scène théâtrale, installant le spectateur dans un état d’indécision quant au statut de ce qu’il voit, de ce qu’il écoute, de là où il se trouve. Une forme tiraillée qui parvient ainsi à rendre visible les intérêts complexes qui sous-tendent le monde de l’art, substituant trop souvent des stratégies financières et politiques aux enjeux esthétiques.

10h45 • Denis Briand, Maître de conférences en Arts plastiques, Rennes 2 : Documentaire et fiction dans l’œuvre d’Avi Mograbi, des pratiques et des sujets décentrés.

L’œuvre d’Avi Mograbi manifeste plusieurs formes de déplacement : entre les catégories et les pratiques artistiques (cinéma, arts plastiques, fiction, documentaire), entre les pays et les cultures ou encore entre les identités multiples. Mais en se focalisant sur les situations liées au conflit israélo-palestinien, particulièrement aux abords des machsomim, son travail s’inscrit également dans une préoccupation de l’Autre.

Cherchant à redonner une humanité, une identité et une histoire à des Palestiniens régulièrement bafoués dans leurs droits, les documentaires vidéos d’Avi Mograbi relatent des situations de déshumanisation devenues trop banales, où la place des sujets est sans cesse à reconstruire, cette reconstruction fût-elle prise en charge par un artiste.

La communication évoquera certains aspects des nombreuses décentrations à l’œuvre dans cette démarche artistique singulière.

11h15 Marion Hohlfeldt, Maître de conférences en Histoire de l’art, Rennes 2 : This is tomorrow – figures d’une décentration : Detroit – le rêve déchu de la modernité.

Création par excellence de la toute puissante industrie automobile, Detroit est le symbole d’une modernité américaine basée sur le progrès et la productivité. C’est ici que le taylorisme prend son essor sous l’égide d’Henry Ford qui fait de l’automobile dès 1913 un produit de masse. Durant les années vingt, on construit des buildings, des centres commerciaux, de gigantesques cinémas richement décorés. Une croissance fulgurante de la population afro-américaine fit de Detroit non seulement un centre important pour la musique (le label Motown est fondé en 1959), mais aussi le lieu des plus sanglantes émeutes raciales des États-Unis (dont celles de 1967). La décentration s’avère ainsi un phénomène lié au déplacement industriel aussi bien qu’à une ségrégation avérée, la population blanche désertant le centre pour une périphérie devenue prospère. Le centre délaissé par les investisseurs se désintègre et se perfore, produisant de magnifiques ruines de ces anciens temples d’une fierté moderniste dont la gare Michigan Central Station est le parfait symbole. Stan Douglas capte cette vision dans une série de photographie qui décrit, à travers le déclin physique, les transformations sociales et politiques qui ont mené à l’échec du modèle de la ville moderne.

Pause déjeuner

Après-midi : 14h 30-17h

14h30 • Françoise Parfait, Professeur en Arts plastiques, UPJV :  Le chantier inachevé du modernisme postcolonial : un projet échoué dans les zones tampon, de Chypre au Liban.

Maison, bâtiments, projets laissés de force,  abandonnés sur place, soumis à un temps qui n’est plus dramatisé, qui n’a plus de dimensions. Que cherchons-nous à voir et à savoir dans ces « Suspended spaces » que la modernité n’a pas eu la force de conserver. C’est d’un renversement du temps dont nous faisons l’expérience, des « ruines à l’envers » disait Robert Smithson, d’une histoire inactive (Flavin), d’une utopie qui aurait trouvé « malheureusement » son lieu, un lieu où le futur n’est que l’obsolète à l’envers (Nabokov).

15h00 • Charlène Dinhut, doctorante en esthétique, UPJV : Qu’est-ce qu’un « Suspended Space » ? Petit manuel de la notion de suspens.

Cette journée d’étude étant mise en place dans le prolongement du projet Suspended Spaces , nous souhaitons interroger la notion de Suspended, ou de suspens, qui ouvre sur de multiples pensées, de la poétique de Mallarmé aux hétérotopies de Foucault. Suspens du temps ou du sens, de l’activité ou de la croyance, suspens chimique, ou lieu en suspens : la notion, pensée par le stoïcisme et parfois indice d’un air postmoderne, se transforme selon ce sur quoi elle porte. Elle conduit ainsi à une myriade d’histoires et de considérations, posant aujourd’hui la question des périphéries et des marges, d’un monde en mouvement et de ses parenthèses.

16h00 François Bellenger, doctorant en arts plastiques, UPJV : Ruines modernes.

Etudes de quelques ruines modernes socialement et géopolitiquement déterminées, à partir du regard de deux jeunes artistes, Cyprien Gaillard et Till Roeskens.

Comment ces deux artistes interrogent, se positionnent et interviennent face aux ruines modernes. A travers des œuvres précises, nous étudierons les formes, les protocoles qu’ils convoquent pour représenter ces espaces suspendus.

16h30 • Clara Schulmann, docteur en études cinématographiques, Paris 3-Sorbonne Nouvelle : Les films de Gordon Matta-Clark, échappée expérimentale dans les sous-sols de la modernité.

En 1976 et 1977, Gordon Matta-Clark s’enfonce dans les sous-sols de New York et de Paris, deux villes différemment marquées par la modernité. Il y filme ce que celle-ci se refuse peut-être à enregistrer : le vieillissement, les légendes, les réussites comme les dysfonctionnements, les anecdotes. Ce qu’une ville cache plutôt que ce qu’elle montre. La forme que prennent ces films se situe clairement du côté d’un lâcher-prise expérimental qui dynamise et interroge le statut de ces espaces souterrains. On tentera aussi d’interroger leur possible contre-champ : le toit des immeubles new-yorkais, scène de nombreuses performances des années 1970, comme l’autre bout de la chaîne expérimentale.

17h00 • Questions et discussions

Pause thé, café, pâtisseries

18h-20h

• Sabine Cazenave, directrice du Musée de Picardie, invite Robert Huot, artiste minimaliste américain.

Projection de films de Robert Huot.

François Bellenger est plasticien et doctorant en Arts Plastiques à l’UPJV, ses recherches portent sur les « espaces du bâti en attente et en devenir ». Primé au 54e Salon d’art contemporain de Montrouge,  il représente à côté de dix autres français la  jeune création européenne pour une biennale itinérante jusqu’à fin 2011. Ses recherches le mènent à « investir » les lieux auxquels il s’intéresse. Dans cette démarche, il se rend en résidence dans différents espaces, tels que le centre d’art contemporain de Metz, l’institut culturel d’Oujda (Maroc), l’IMEC de Caen, le centre d’art de Klaipeda (Lituanie) et dans le cadre du projet Suspended spaces, à Chypre.

Denis Briand est Maître de conférences en Arts plastiques, Université Rennes 2, Docteur en Linguistique générale et plasticien. Il est par ailleurs co-directeur de la Galerie Art et Essai (université Rennes 2). Il a co-dirigé l’édition de l’ouvrage Avi Mogrbi, The Details, à paraître très prochainement édité par la Galerie Art & Essai. Comme plasticien, il a publié plusieurs livres d’artistes, dont V.V.D.D.P (2011) et A last Slata Atsal, petit atlas des irritations du monde (2007), aux éditions Incertains sens, ainsi que Stop the Bombs, aux éditions Les Rencontres Culturelles (Suisse, 2010).

Charlène Dinhut est doctorante en esthétique à l’Université Picardie Jules Verne, sous la direction de Françoise Parfait. Ses recherches portent sur la notion de lieu en art contemporain, notion qu’elle a déjà explorée lors d’études à propos des écrits d’Emmanuel Hocquard. Elle a travaillé au sein de différentes structures de diffusion de films et vidéos d’artistes et d’édition de poésie contemporaine. Elle est ainsi régulièrement chargée de programmation pour la manifestation « Hors Pistes » au Centre Pompidou.

Marion Hohlfeldt, Maître de conférences en Histoire de l’Art à l’université Rennes 2. Co-directrice de la galerie Art & Essai, université Rennes 2, où elle a organisé trois expositions sur le thème du déplacement. Ses articles, qui porte essentiellement sur la ville et sur l’art des années soixante sont parus dans Les Cahiers du musée d’Art Moderne, Nouvelle Revue d’esthétique, Art Présence, Recherche en Esthétique, ainsi que dans des catalogues et actes de colloque. Elle a co-dirigé, avec Pascale Borrel, l’ouvrage Parasite(s) – Une stratégie de création, L’Harmattan, 2010, et dirige un projet MSHB sur La gouvernance des imaginaires urbains (2010-2011).

Françoise Parfait est professeur en arts plastiques et nouveaux médias à l’université de Picardie Jules Verne à Amiens, et artiste. Elle a publié Vidéo : un art contemporain aux Éditions du Regard en 2001 (poche 2007), parcours historique, esthétique et analytique à travers quatre décennies de productions vidéographiques. Elle a publié de nombreux textes à propos d’artistes historiques et contemporains qui utilisent la vidéo. Ses recherches, tant pratiques que théoriques, concernent la question des images temporelles telle qu’elle se pose dans le champ de l’art.

Mathilde Roman est docteur en arts et sciences de l’art de l’Université Paris 1, et a rejoint le Centre de Recherche en Arts de l’UPJV en 2010. Depuis 2007, elle est professeur d’histoire de l’art au Pavillon Bosio, école d’art et de scénographie de Monaco. Critique d’art, elle collabore régulièrement à différentes revues dont Mouvement. Elle est l’auteur d’un essai intitulé Art vidéo et mise en scène de soi (L’Harmattan, 2008), et mène actuellement des recherches sur la théâtralité en jeu dans l’art vidéo. Un ouvrage est en préparation qui sera publié par les éditions Le Gac-Monografik en 2012.

Articles récents : « L’intime familial dans les vidéos de Milutin Gubash », Raison Publique, revue de philosophie éthique et politique de l’Université Paris IV, mai 2011.

« Récits et images de soi », Catalogue de L’Art Contemporain et la Côte d’Azur, Presses du Réel, à paraître.

Clara Schulmann vient de terminer une thèse de doctorat en études cinématographiques à l’Université de Paris-III Sorbonne Nouvelle intitulée : « Produire depuis la marge. Les motifs du décentrement dans les films d’artistes, 1975-2007 ». Elle collabore à différentes revues de sciences humaines (Vacarme, Geste) et d’art contemporain (Particules, Mouvement, May) où elle rend compte des mutations à l’œuvre aujourd’hui dans le champ des arts plastiques, du cinéma documentaire, ou du cinéma de fiction. Elle a également été chargée de cours à l’Université de Paris III Sorbonne Nouvelle. Elle a travaillé au Centre Georges Pompidou et à la Maison Rouge (Paris) sur différents projets d’exposition. Récemment, elle a participé à la publication d’Images contemporaines. Arts, formes, dispositifs aux éditions Aléas. Depuis octobre 2007, elle co-anime Le Silo (www.lesilo.org), collectif dédié aux images en mouvement et à leurs migrations.


[1] Hal Foster, the return of the Real, Massachusetts Institute of Technology, 1996, traduit in Le retour du réel, situation actuelle de l’avant-garde, Bruxelles, La Lettre volée, 2005.

_
actu artiste
Francois Bellenger
/ Voir le portfolio de l'artiste