« (…) Je vois pour ma part au moins deux excellentes raisons de nous sentir une responsabilité particulière vis-à-vis des meilleurs de nos artistes, d’autant plus, comme le soulignait le grand critique Bernard Lamarche-Vadel, qu’ils sont « une espèce en voie d’extinction ».
La première est toute simple, et concerne chacun des pays, notamment ceux qui co-organisent le JCE : ces artistes vivent et travaillent ici, parmi nous. Qui, mieux que nous, peut les connaître, les protéger, les admirer ? Il nous revient à tous ici de leur offrir les meilleures conditions d’existence, de création, de fréquenter leurs œuvres intimement, au quotidien, et de les stimuler par nos regards, nos commentaires, nos achats.
La seconde est plus discutable, et proprement française, car elle relève d’une certaine conception universaliste du rôle de la France dans le domaine de la culture. C’est la France qui, dans le monde, mène souvent le combat de l’ « exception culturelle », lequel repose largement sur cette « politique des auteurs » que, notamment, Les Cahiers du Cinéma et la Cinémathèque Française ont inventée dans la seconde moitié des années 50. Cependant, ce combat est accessible à tous, et aujourd’hui cette « vision française » rallie de nombreux pays, par exemple dans les instances internationales, et pourrait bien devenir demain une vision réellement européenne.
Dans un univers artistique globalisé où la « production » tend à prendre une part prépondérante, il est naturel que les artistes issus de pays « producteurs », « industriels », c’est-à-dire hier les Etats-Unis, aujourd’hui l’Inde ou la Chine, occupent les premières places du marché.
Mais il nous revient de rappeler qu’un artiste est avant tout un « auteur », un individu unique et singulier, dont l’œuvre est une émanation directe, souveraine. On voit bien l’enjeu culturel qu’une telle vision implique : d’un côté une dérive possible vers une répétition stérile de stéréotypes ou de logos (le « spectacle »), de l’autre la présence réelle de l’artiste sans son œuvre (une certaine « humanité »). »
Stéphane Corréard
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