A chaque édition du JCE le prix du lauréat est remis à la meilleur production parmi la séléction de 90 .
En 2007 l’artiste française Marie-Odile HUBERT, grâce aux photographies de « Paris-Melun, au retour« , a reçue le prix Grand Prix JCE à Montrouge de la part du jury international de la biennale Jeune Creation Européenne.
Elle voyage de nuit, en voiture, sous la pluie, regardant les photos qu’elle a pris à travers son pare-brise, elle nous laisse ententre le bruit de ses essuie-glaces.
De ce triste univers monochromatique, qui pourrait provoquer une angoisse, elle fait ressortir les couleurs. Ces lueurs de phares retouchés peuvent rassurer ou devenir l’approche inquiétante d’objets extraterrestres. En tout cas, elle rend hommage à la la force de la couleur.
Quand j’ai été sélectionnée pour le salon de la jeune création européenne en 2007, ça a été une très bonne surprise.
Je suis une autodidacte de la photographie, hors des réseaux des écoles d’art, j’ai acquis mes bases artistiques en étudiant l’histoire de l’art, en pratiquant la peinture, la sculpture, la restauration de peintures. J’avais emprunté la photographie comme medium depuis quelques années, mais je n’avais aucune idée de mes chances d’acquérir une visibilité dans le milieu de l’art contemporain.
Le grand prix m’a donné de l’élan, et de l’assurance.
J’ai été contactée par une galerie, j’ai monté plusieurs expositions, j’ai rencontré des acheteurs potentiels. Mais surtout, je me suis plongée dans le travail, en y consacrant le plus de temps possible, avec l’impression enfin de vivre pour le processus créatif, à défaut d’en vivre.
La biennale a d’autant plus été pour moi un tremplin, qu’elle m’a permis d’avoir une visibilité tout en ayant du temps pour faire mûrir mon travail.
Cette rencontre et celles qui suivront sont pour moi d’heureuses tentatives qui rendent le chemin plus clair, dans un monde intérieur en proie au doute, souvent moteur, parfois inhibiteur. Cette expérience a également favorisé des rencontres avec des artistes de sensibilités proches, photographes ou autres, et des passerelles fructueuses se sont créées.
Mes oeuvres
Défaut de convergence
Enfant, j’avais des lunettes. J’étais astigmate et j’avais en plus un défaut de convergence oculaire qui me faisait déconnecter mes deux yeux à volonté. Une deuxième image se créait en se dissociant, partait vers la droite, créant un flou très agréable, que j’utilisais pour ma rêverie, pour m’extraire d’une certaine réalité, un peu trop plate.
Une tension entre voir et s’empêcher de voir
Je recherche des sensations à éprouver par les déformations optiques liées à la mise au point, les traces du mouvement, mais aussi par la focalisation sur des matières et par l’idée du toucher, et par la transcription de la mémoire enfouie des lumières.
J’ai entrepris en photographie une sorte de tâtonnement formel : le grain, le bruit numérique font le « toucher » final de l’image. L’image se crée dans une tension entre voir et s’empêcher de voir, qui permet le développement d’une fantasmagorie.
Éviter l’ennui d’une histoire à raconter
J’ai pris le parti de travailler par accumulation, variations, filtration, coagulation, projection. Une manière de faire les choses discrètement, d’éviter de sauter aux yeux, de conserver une ambivalence, un indéfini, tout en prenant la vision dans une sorte de « toile d’araignée ». Dans mes séries d’images, je cherche l’impact de chacune dans un « piège » à perception. Il s’agit de reconstruire une émotion, un trouble.
L’élément manquant
Je juxtapose ou superpose également autoportraits et paysages, qui réunissent champ et contrechamp. Comme mes photos de vitres, ces images coagulent conscience de soi et expérience du monde.
Ces séries sont souvent construites autour d’une absence, d’un élément de sens ou de compréhension manquant, parfois comme des rébus. Avec toujours la possibilité de s’arrêter à l’esthétique des images elles-mêmes, pour piéger le regard et le faire s’attarder.
Les curateurs JCE 2007 :
Marti n Gerboc, Slovaquie / Goda Giedraityte, Lituanie / Marci Golebiewski, Pologne / Dietgar Grimer, Autriche / Andris Kupris, Lettonie / Alain Lamaignère, France / Gisela Leal, Portugal / Mario Pasqualoto, Espagne / Anneli Pori, Estonie / Sandra Solimano, Italie / Sari Stenczer, Hongrie
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